Jean-Pierre Fabre critique Faure Gnassingbé, mais quelle est sa vision pour le Togo ?

Persuadé que l’alternance est imminente, Jean-Pierre Fabre tente de mobiliser les Togolais. Lors de sa récente intervention, le leader de l’ANC a dépeint un pouvoir en place isolé et illégitime, dont la fin serait proche. S’il promet d’incarner la rupture, une interrogation persiste : après des décennies de lutte, quel est concrètement le programme politique proposé par l’opposant pour l’avenir du Togo ?
L’interview est particulièrement riche en critiques contre le pouvoir. Constitution, gouvernance, droits de l’homme, institutions, diaspora, répression : le responsable de l’ANC multiplie les griefs. Mais lorsqu’il faut entrer dans le détail de l’alternative proposée, le discours reste général.
Jean-Pierre Fabre promet « un Togo fréquentable », une meilleure cohésion nationale, une prospérité partagée, un développement harmonieux et davantage d’égalité des chances. Ce sont des objectifs que pratiquement toute formation politique pourrait revendiquer. Mais comment les atteindre ? Avec quelles priorités économiques ? Quelle politique agricole ? Quelle stratégie industrielle ? Quelle diplomatie ? Quelle politique de sécurité ? Quelle réforme de l’administration ? Quels mécanismes pour financer ces ambitions ? C’est là que se situe le véritable débat.
Une opposition qui aspire à gouverner ne peut pas uniquement expliquer pourquoi le pouvoir actuel serait mauvais. Elle doit démontrer pourquoi elle serait meilleure. Elle doit présenter une vision suffisamment claire pour que les citoyens puissent comparer deux projets de société.
Or, dans cette interview, la principale promesse de Fabre reste le départ de Faure Gnassingbé. Il affirme : « M. Faure Gnassingbé doit quitter le pouvoir ». Mais le départ d’un dirigeant n’est pas, en lui-même, un programme politique.
C’est même là que réside l’une des faiblesses historiques d’une partie de l’opposition togolaise : avoir souvent confondu l’objectif de conquérir le pouvoir avec celui de construire une véritable alternative.
Depuis les années 1990, les Togolais ont entendu parler de changement, d’alternance, de mobilisation populaire, de transition, de conférences, de dialogues et de différentes formes de lutte. Mais la question de fond demeure : quel modèle de développement l’opposition propose-t-elle ?
Jean-Pierre Fabre rappelle avec insistance son expérience politique et son implantation militante. Il raconte notamment comment il a contribué à structurer l’ANC sur l’ensemble du territoire. Mais une organisation politique solide n’est pas nécessairement synonyme de projet politique convaincant.
Il faut aussi avoir la capacité de se remettre en question. Or l’introspection semble encore insuffisante. Le président de l’ANC dénonce les divisions de l’opposition et appelle à davantage de concertation. Mais pourquoi ces divisions ont-elles persisté pendant aussi longtemps ? Quelle part de responsabilité les principaux leaders de l’opposition assument-ils dans cet échec collectif ?
La question mérite d’être posée sans passion. Car le Togo de 2026 n’est plus celui des années 1990. Les générations ont changé, les aspirations économiques ont évolué, les défis sécuritaires se sont transformés et les attentes sociales sont différentes. Une opposition moderne devrait donc être capable de présenter une vision adaptée au Togo d’aujourd’hui et de demain.
C’est cette bataille des idées que l’on aimerait voir s’installer dans le débat public. Dire que Faure Gnassingbé doit partir peut être une conviction politique. Mais expliquer ce que l’on fera après son départ, avec quelles compétences, quelles institutions, quelles ressources et quelle méthode, voilà ce qui permettrait réellement de mesurer la crédibilité d’une candidature au pouvoir.
Au fond, Jean-Pierre Fabre est peut-être confronté à une question plus difficile que celle du départ de Faure Gnassingbé : convaincre les Togolais qu’il dispose, lui et son parti, de la vision nécessaire pour gouverner le Togo.
C’est sur ce terrain, et non uniquement sur celui de la contestation, que se gagnera la prochaine bataille politique.
La Redaction
Publié sur Togo En Live




