‘Que pouvons-nous produire ensemble depuis le Togo ?’: le nouvel horizon du partenariat entre Lomé et Pékin

La coopération entre le Togo et la Chine pourrait connaître une évolution majeure : passer d’une relation principalement marquée par les échanges et les projets d’infrastructures à un partenariat davantage orienté vers la production industrielle, l’innovation et la conquête de nouveaux marchés. C’est l’une des perspectives qui se dégagent de la visite de huit jours du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, en Chine, dans le prolongement de relations diplomatiques établies depuis 1972.
Au cœur de cette ambition se trouve une interrogation stratégique : comment faire du Togo une base à partir de laquelle des entreprises chinoises pourraient produire, transformer et distribuer leurs biens vers plusieurs marchés africains ? Pour Lomé, l’intérêt est tout aussi important : attirer des investissements capables de consolider son appareil productif, de favoriser le transfert de compétences et de créer davantage de valeur sur son territoire.
La position du Togo constitue un élément central de cette équation. Le Port autonome de Lomé, les corridors de transport desservant les pays de l’hinterland et la connectivité aérienne offrent des possibilités de circulation des marchandises et des personnes. Dans un environnement régional où les échanges entre les marchés côtiers et les pays enclavés occupent une place importante, ces infrastructures peuvent soutenir le développement d’activités logistiques et industrielles complémentaires.
Mais la véritable perspective ne réside pas uniquement dans la capacité à faire transiter les produits. Elle consiste à développer autour de ces infrastructures des unités de transformation, des entrepôts, des plateformes de distribution et des services aux entreprises. En accueillant des activités qui transforment les matières premières et les produits intermédiaires, le Togo pourrait accroître la part de la valeur ajoutée retenue dans son économie.
Cette orientation ouvre des perspectives dans plusieurs filières. Le phosphate peut alimenter des activités de transformation chimique et de production d’engrais. L’agriculture peut bénéficier d’investissements dans la mécanisation, l’irrigation, les semences et la transformation agroalimentaire. Le numérique et l’intelligence artificielle peuvent, pour leur part, contribuer à améliorer les services, la gestion des chaînes logistiques et certains procédés industriels. La concrétisation de ces possibilités exigera néanmoins des infrastructures adaptées, des financements, des compétences et une demande commerciale suffisante.
Les différentes étapes du déplacement en Chine apportent un éclairage sur les mécanismes susceptibles d’accompagner cette transformation. Au Shaanxi, les technologies appliquées à la production illustrent les possibilités d’amélioration de la productivité. Le Fujian met en perspective les relations entre activités maritimes, commerce et industrie. Pékin constitue le centre des échanges politiques et institutionnels, tandis que Shenzhen représente un écosystème où innovation, recherche et production industrielle peuvent se renforcer mutuellement.
L’intérêt de ces expériences pour le Togo ne réside pas dans leur reproduction intégrale, mais dans l’identification de solutions adaptées aux réalités nationales. Le défi est de rapprocher les infrastructures existantes des besoins des entreprises, d’encourager les investissements productifs et de développer un environnement dans lequel les compétences locales peuvent progresser.
La formation constitue, à cet égard, un enjeu déterminant. Le transfert technologique ne se mesure pas seulement au nombre de machines installées ou d’équipements importés. Il devient réellement structurant lorsque les travailleurs togolais peuvent les utiliser, les entretenir, les réparer et les adapter. L’implication des établissements de formation, des universités et des entreprises locales pourrait ainsi accompagner la mise en place de nouvelles activités industrielles.
Le développement de fournisseurs nationaux est tout aussi important. Les entreprises togolaises doivent pouvoir participer aux marchés liés aux investissements chinois, notamment dans la maintenance, le transport, les services techniques, la fourniture d’intrants et la transformation. Cette intégration contribuerait à élargir les retombées économiques des projets au-delà de leurs sites d’implantation.
La diplomatie togolaise constitue un autre élément de cette stratégie. Le maintien de relations avec plusieurs puissances et espaces économiques permet à Lomé de diversifier ses partenariats et d’élargir ses possibilités de coopération. L’approfondissement des relations avec Pékin peut ainsi s’inscrire dans une politique d’ouverture, sans se substituer aux liens entretenus avec les autres partenaires internationaux.
Pour la Chine, le Togo peut offrir un accès à des marchés et à des réseaux régionaux. Pour le Togo, la coopération chinoise peut contribuer à mobiliser des capitaux, des technologies et des capacités industrielles. Cette complémentarité ne produira toutefois des résultats durables que si les projets répondent aux priorités nationales et reposent sur des conditions économiques viables.
La prochaine étape sera donc celle de la concrétisation. Les annonces et les échanges diplomatiques devront être suivis de projets identifiables, d’investissements effectifs, de formations et de mécanismes permettant aux entreprises togolaises de participer aux nouvelles chaînes de valeur.
La portée de la visite de Faure Gnassingbé en Chine se mesurera finalement à cette capacité de transformer les relations bilatérales en activités économiques durables. Si Lomé parvient à associer ses infrastructures, sa position régionale et son ouverture diplomatique à une véritable dynamique de production, le pays pourra renforcer sa place dans les échanges africains. Le partenariat sino-togolais trouverait alors une nouvelle expression : non plus seulement commercer avec le Togo, mais produire avec lui, en faisant de la création de valeur locale un objectif partagé.
La Redaction
Publié sur Togo En Live




