Togo-Chine: le soja, le numérique et les paiements transfrontaliers au cœur des nouvelles opportunités

Agriculture, technologies numériques et transactions financières : le partenariat entre le Togo et la Chine se dessine désormais autour de secteurs susceptibles d’influencer directement les activités des entreprises et des producteurs. Du 9 au 16 octobre 2026, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a effectué une mission en République populaire de Chine, marquée par la signature de quinze accords, dont treize liés à l’action gouvernementale et deux conclus avec Huawei et Ecobank pour le secteur privé. Ces engagements ouvrent de nouvelles perspectives pour renforcer les échanges commerciaux et accompagner la transformation économique du Togo.
L’un des acquis importants concerne les exportations agricoles. Un accord signé au cours de cette visite définit les exigences phytosanitaires applicables à l’exportation du soja togolais vers la Chine. Cette disposition pourrait faciliter l’accès de la production nationale à un marché de grande envergure et offrir de nouveaux débouchés aux acteurs de la filière. Sa portée dépendra toutefois de la capacité des producteurs et des opérateurs à respecter les normes sanitaires et qualitatives imposées, mais aussi à organiser efficacement la collecte, le conditionnement et l’acheminement des produits.
L’ouverture de ce marché constitue une occasion de réfléchir à la place des produits agricoles togolais dans les chaînes de valeur internationales. Au-delà de l’augmentation des volumes exportés, le défi sera de renforcer la transformation locale des matières premières afin d’accroître la valeur ajoutée créée au Togo. Une telle orientation pourrait favoriser le développement d’activités industrielles, améliorer les revenus des acteurs de la filière et soutenir la création d’emplois.
Le numérique représente un autre axe majeur de la coopération. L’accord conclu avec Huawei vise à accompagner le Togo dans la modernisation de ses infrastructures et le développement de solutions dans les domaines de la connectivité, de l’énergie, des transports intelligents et des douanes intelligentes. Ces outils peuvent contribuer à améliorer l’efficacité des services publics, à faciliter les opérations administratives et à réduire certaines contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises.
La modernisation numérique des procédures douanières et des infrastructures de transport présente notamment un intérêt pour les opérateurs engagés dans le commerce international. Des systèmes plus performants pourraient contribuer à fluidifier les opérations, à améliorer le traitement des informations et à renforcer la compétitivité des activités économiques. Le développement des compétences locales sera cependant déterminant pour assurer l’appropriation des technologies et favoriser leur utilisation durable.
Sur le terrain financier, l’accord impliquant Ecobank Group et le système chinois de paiements transfrontaliers CIPS vise à faciliter les transactions en renminbi entre la Chine et l’Afrique. Pour les entreprises togolaises qui importent des équipements, achètent des matières premières ou entretiennent des relations commerciales avec des partenaires chinois, cette initiative pourrait offrir des solutions supplémentaires pour effectuer leurs paiements internationaux. Elle est également susceptible de simplifier certaines opérations financières et de faciliter les échanges entre les opérateurs économiques.
Ces engagements s’inscrivent dans une relation commerciale en progression. Selon les chiffres avancés, le volume global des échanges entre le Togo et la Chine est passé de 3,5 milliards de dollars en 2024 à 5,43 milliards de dollars en 2025, soit une hausse d’environ 55 %. Les exportations togolaises vers la Chine ont, quant à elles, atteint 1,28 milliard de dollars en 2025, contre 250 millions de dollars en 2024.
Cette évolution met en évidence les possibilités offertes par le marché chinois, mais souligne également la nécessité de consolider la compétitivité des entreprises togolaises. L’accès à de nouveaux débouchés ne suffit pas à lui seul : il suppose une production conforme aux exigences des marchés, des capacités logistiques adaptées, une maîtrise des coûts et une meilleure structuration des filières économiques.
Les treize autres accords signés au cours de la mission présidentielle couvrent plusieurs domaines, notamment l’agriculture, l’industrie, le commerce, les finances, le numérique, le développement vert, les institutions, les médias et la formation. Ils comprennent notamment un protocole prévoyant l’annulation partielle de la dette du gouvernement togolais, des engagements en matière de coopération industrielle, de commerce électronique et de facilitation des échanges douaniers à travers le programme des Opérateurs économiques agréés. D’autres dispositions portent sur les infrastructures institutionnelles, l’appui matériel au ministère chargé de la Sécurité et les échanges professionnels.
Cette coopération sectorielle a également été explorée lors des déplacements du Président du Conseil dans les provinces du Shaanxi, du Fujian et du Guangdong. Les discussions ont porté sur l’agriculture intelligente, l’industrie, la recherche océanographique, les infrastructures portuaires et le développement local. Un cadre de coopération entre le Shaanxi et la région togolaise de la Kara prévoit des échanges dans l’agriculture, l’énergie et la gestion des ressources naturelles.
Ces initiatives s’inscrivent dans l’ambition de bâtir une « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle ». Les entretiens de Faure Gnassingbé avec le président chinois Xi Jinping, le Premier ministre Li Qiang et le président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, Zhao Leji, ont réaffirmé la volonté des deux pays de renforcer une coopération fondée sur la confiance mutuelle et la convergence des intérêts. La Déclaration conjointe met notamment en avant le soutien de la Chine aux réformes institutionnelles togolaises et à la mise en œuvre de la Feuille de route gouvernementale 2026-2031.
Pour le Togo, l’enjeu est désormais de relier ces différents leviers à une stratégie cohérente de développement productif. Le soja, les infrastructures numériques et les paiements transfrontaliers représentent des opportunités complémentaires, à condition que les entreprises nationales puissent s’en saisir. La mise en œuvre effective des accords, le renforcement des compétences et la transformation locale des produits seront essentiels pour convertir ce rapprochement avec la Chine en bénéfices économiques durables.
La Redaction
Publié sur Togo En Live




