APA: Identification des réponses stratégiques à Lomé face à la crise au Moyen-Orient

La conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine (APA) s’est tenue vendredi à Lomé. Les travaux ont été ouverts par le Président du Conseil, Faure Gnassingbé en présence du Président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, Président en exercice de la CEDEAO. L’objectif est de briser l’image d’une diplomatie déconnectée des réalités et construire un véritable bouclier stratégique pour le continent africain face aux chocs exogènes.
Placée sous le thème : « L’Afrique face à la crise au Moyen-Orient : impacts, défis et réponses stratégiques », cette rencontre a également enregistré la présence de la représentante du président de la Commission de l’Union africaine, des ministres des Affaires étrangères des États africains, des représentants des pays du Moyen-Orient, ainsi que des partenaires internationaux.
Elle fait suite au constat selon lequel malgré la signature récente d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran le 17 juin 2026, les timidités observées lors des premières négociations techniques en Suisse, les dernières frappes au Liban et la persistance des menaces hybrides (cyberdésinformation) maintiennent une vive inquiétude.
Pour l’Afrique, les impacts de l’instabilité au Moyen-Orient sont directs, concrets et touchent le quotidien des populations à travers l’instabilité des prix du pétrole et du gaz, pesant sur les budgets nationaux, la hausse des coûts du transport maritime et aggravation de l’inflation ainsi que l’augmentation du prix des denrées alimentaires et des intrants (engrais) agricoles, menaçant la sécurité alimentaire.
« La crise au Moyen-Orient ne peut être regardée par l’Afrique comme une crise lointaine. Elle nous concerne directement. Elle concerne nos économies. Elle concerne notre sécurité. Elle concerne notre résilience. Elle concerne surtout notre capacité collective à contribuer à la paix et à la stabilité internationales », a déclaré Faure Gnassingbé.
Le Président du Conseil a insisté sur la nécessité d’accélérer la construction d’une véritable résilience africaine et plaidé pour une résilience énergétique fondée sur la diversification des sources d’approvisionnement, le développement des interconnexions régionales, la meilleure valorisation des ressources naturelles ainsi que la sécurité alimentaire, un impératif qui ne doit pas être seulement une politique agricole, mais aussi et surtout une composante essentielle de la sécurité nationale et continentale.

Faure Gnassingbé a également mis l’accent sur la modernisation des infrastructures logistiques, la sécurisation des corridors commerciaux, le renforcement des capacités de stockage et la préservation : des marges budgétaires suffisantes pour répondre efficacement aux crises sans compromettre les investissements d’avenir.
Le Président du Conseil a ensuite invité les participants à considérer la crise actuelle comme un signal d’alerte durable plutôt qu’un épisode passager et rappelé que les tensions autour du détroit d’Ormuz continuent d’alimenter une forte incertitude sur les marchés internationaux malgré les perspectives de désescalade au Moyen-Orient.
« Il serait dangereux de penser que quelques signes d’apaisement suffiraient à refermer ce dossier. La situation autour du détroit d’Ormuz demeure fragile. Même si des accords de désescalade étaient conclus, leur solidité resterait à démontrer ».
Face à cette réalité, le Président du Conseil a appelé les États africains à renforcer leurs capacités d’analyse stratégique, de prospective et d’alerte précoce afin de mieux identifier les risques émergents et de préparer des réponses concertées. Il a également plaidé pour une expression plus forte et plus cohérente de la voix africaine dans les affaires internationales.
« Face aux défis globaux, l’Afrique doit parler d’une voix plus unie. Cela ne signifie pas que tous nos pays doivent adopter exactement les mêmes positions sur tous les sujets. Nos intérêts nationaux peuvent parfois diverger. Mais au-delà de ces différences, il existe des intérêts africains fondamentaux qui nous rassemblent », a-t-il indiqué.

Le ministre togolais des affaires étrangères, Prof Robert Dussey a, pour sa part, souligné que cette initiative offre à l’Afrique l’opportunité de se concerter et de parler d’une seule voix face à une crise aux répercussions mondiales. Le chef de la diplomatie togolaise a également précisé que cette démarche illustre l’émergence d’une Afrique proactive, capable de défendre ses intérêts sur la scène internationale.
La conférence de Lomé a ainsi permis de mener des réflexions susceptibles de transformer les vulnérabilités en opportunités de repositionnement stratégique.
Durant toute la journée, les participants ont évalué les risques pour les intérêts du continent, identifié les réponses capables de renforcer la résilience économique, sécuritaire et diplomatique, partager des analyses mutuelles et explorer de pistes de désescalade, de restauration de la confiance et de contribution active de l’Afrique à la stabilité régionale mondiale.
A l’issue des travaux, les chefs de la diplomatie et les experts ont parvenu à une compréhension partagée et approfondie des enjeux géopolitiques de la crise pour le continent, à la définition claire des priorités d’action, des risques et des opportunités économiques, à la formulation d’orientations stratégiques solides pour consolider la souveraineté énergétique et alimentaire ainsi qu’à l’émergence de convergences fortes en faveur de la paix, de la désescalade et du multilatéralisme.
Créée par le Togo en 2023, l’Alliance politique africaine s’impose progressivement comme un cadre structurant de dialogue entre les États africains. Elle vise à renforcer la coopération politique et à promouvoir une vision commune des grands enjeux internationaux. La conférence de Lomé s’inscrit ainsi dans la continuité des initiatives diplomatiques du Togo en faveur du multilatéralisme et de la consolidation du rôle de l’Afrique dans la gouvernance mondiale.
La Redaction
Publié sur Togo En Live





