Togo: la mécanisation agricole change le visage des campagnes

L’agriculture togolaise est en pleine mutation. Longtemps dominée par la houe, la daba et la force des bras, elle s’ouvre progressivement à la mécanisation, avec l’arrivée croissante des tracteurs, motoculteurs, moissonneuses et autres équipements agricoles. Cette évolution vise à réduire la pénibilité du travail, accroître les rendements et rendre les activités agricoles plus attractives, notamment pour les jeunes.
Cette transformation s’inscrit dans la stratégie de modernisation du secteur engagée par le gouvernement. La mécanisation figure parmi les leviers retenus pour répondre aux principaux défis auxquels sont confrontés les producteurs : insuffisance de main-d’œuvre, faibles rendements, coût élevé des travaux agricoles et nécessité d’accroître la production sur des superficies limitées.
Plus de 400 tracteurs ont progressivement été introduits dans les zones de production afin de renforcer les capacités des exploitants. Ces équipements permettent de réaliser en quelques heures des travaux qui nécessitaient autrefois plusieurs jours d’efforts physiques.
Sur le terrain, les producteurs constatent directement les changements. « L’État nous a envoyé le bulldozer qui était venu dessoucher sur nos terrains. Et après dessouchage, il a envoyé des tracteurs pour labourer et nous avons partagé la terre et nos activités champêtres ont commencé », témoigne Luc Messetchan, président de la ZAAP de Momé-Hogou, dans la région des Plateaux.
À Mission-Tové, la mécanisation accompagne également la réhabilitation des périmètres rizicoles. Komla Agbélémawussi Dzaka, producteur de riz, souligne l’ampleur des travaux réalisés. « Ils ont fait une réhabilitation sur 360 hectares. C’était l’ancien périmètre qui a été vraiment délabré qu’on a remis en exploitation », explique-t-il, évoquant notamment le dessouchage, le décapage, la canalisation, le désenclavement et le sous-solage.
Selon lui, les producteurs bénéficient également de meilleures conditions pour acheminer leurs récoltes vers les espaces de séchage et les unités de transformation. Une évolution qui contribue à fluidifier les différentes étapes de la production.
Des centres pour structurer la mécanisation
L’acquisition des machines ne suffit toutefois pas à garantir une mécanisation durable. Leur entretien, leur disponibilité et la formation des utilisateurs constituent également des enjeux majeurs.
C’est dans cette perspective que le gouvernement développe les Centres régionaux de mécanisation agricole (CRMA). Les centres pilotes de Tchitchao, dans la région de la Kara, et de Kpalimé, dans les Plateaux-Ouest, constituent les premières infrastructures de ce dispositif appelé à s’étendre progressivement.
Ces centres ont vocation à proposer plusieurs services aux producteurs : mise à disposition d’équipements, maintenance, formation des conducteurs et accompagnement technique. Ils doivent ainsi devenir de véritables plateformes de services agricoles.
Le dispositif prévoit également l’émergence des Entreprises cantonales de travaux mécanisés (ECTM). Ces structures permettront aux exploitants d’accéder plus facilement aux prestations agricoles sans devoir supporter individuellement le coût élevé d’acquisition et d’entretien des machines.
Une nouvelle opportunité pour les jeunes
La mécanisation transforme également le visage de l’emploi rural. Pendant longtemps, la pénibilité des travaux agricoles a contribué au désintérêt de nombreux jeunes pour le secteur et à l’exode vers les centres urbains.
Avec l’arrivée des équipements modernes, de nouveaux métiers apparaissent dans les campagnes. Conducteurs de tracteurs, mécaniciens agricoles, techniciens, gestionnaires de prestations mécanisées ou formateurs sont désormais appelés à accompagner cette nouvelle dynamique.
Plus de 300 tractoristes ont déjà été formés à la conduite et à la maintenance des équipements. Cette formation participe à la création d’une expertise nationale et offre aux jeunes de nouvelles perspectives professionnelles dans leur propre milieu.
Les femmes bénéficient également de cette évolution. La réduction des travaux physiques les plus pénibles peut leur permettre de consacrer davantage de temps à la transformation des produits, au commerce et à d’autres activités génératrices de revenus.
Des équipements pour toute la chaîne de production
La modernisation ne se limite pas aux tracteurs. Motoculteurs, batteuses-vanneuses, moissonneuses et chaînes complètes de rizerie viennent progressivement compléter l’arsenal mis à la disposition des producteurs.
L’objectif est de mécaniser plusieurs étapes de la chaîne agricole, depuis la préparation des sols jusqu’à la récolte et à la transformation. Cette approche doit contribuer à réduire les pertes, raccourcir les délais de travail et améliorer la qualité des produits.
À terme, l’ambition est aussi de réduire les coûts de production et de renforcer la compétitivité des filières agricoles togolaises sur les marchés.
Vers une agriculture plus performante
La construction annoncée des quatre autres Centres régionaux de mécanisation agricole devrait permettre d’étendre davantage l’accès aux équipements. Cette dynamique s’articule avec les Zones d’aménagement agricole planifié (ZAAP), l’irrigation, l’utilisation de semences améliorées et le développement de la recherche agricole.
La mécanisation apparaît ainsi comme bien plus qu’une simple introduction de machines dans les champs. Elle participe à une transformation profonde du métier d’agriculteur, en réduisant la pénibilité, en améliorant la productivité et en créant de nouvelles opportunités économiques.
Dans les campagnes togolaises, le tracteur est donc progressivement en train de devenir le symbole d’une agriculture qui cherche à rompre avec les méthodes traditionnelles pour gagner en efficacité, en compétitivité et en attractivité.
La Redaction
Publié sur Togo En Live




